• Danièle Godard-Livet

Avez-vous déjà eu affaire à un promoteur ?



Je n'avais jamais eu affaire à un promoteur. Je ne parle pas de ces grands promoteurs qui ont pignon sur rue et qu'on sollicite pour les projets d'aménagements conséquents comme Bouygues ou consort. Je ne vous parle pas d'un bailleur social qu'on soupçonne toujours de vouloir tout faire à l'économie. Non, je parle d'un petit promoteur aux projets de quelques lots qui se présente avec son papa pour expliquer qu'il sera votre futur voisin, car il doit se loger et va construire sa maison près de la vôtre. Il se renseigne sur les commodités : les courses, les moyens de transport pour se rendre à Lyon, les arbres que le PLU l'oblige à conserver mais qu'il n'aime pas, car ce ne sont pas des cèdres.

Je n'avais jamais eu affaire à un petit promoteur et je l'accueille comme un voisin qui me complimente sur mon potager. Certes, j'ai découvert son projet via l'affichage réglementaire et il ne s'était jamais préoccupé de moi avant que je le sollicite. Il est jeune, il pourrait être mon fils et n'a pas encore les manières. Passons.

C'est alors que les choses sérieuses commencent.

Il n'y a pas qu'un lot, il y a quatre lots, quatre voisins donc. Pourquoi pas, c'est agréable de voir se transformer des bâtiments agricoles laissés à l'abandon depuis plus de vingt ans.

Les murs mitoyens sont bien imbriqués de manière complexe et confuse, mais le géomètre passe vite ; ce qui l'occupe c'est cette borne qu'il ne retrouve pas dans mon potager...et qu'il me soupçonne même d'avoir déplacée !

J'émets quelques inquiétudes quant aux travaux de démolition et à la pérennité des ouvrages voisins (et pour cause, l'ouvrage voisin, c'est ma maison et j'y habite !). Un constat d'huissier fera l'affaire pour préparer une démolition "à la petite cuillère". Le petit promoteur m'explique que toute autre expertise serait très coûteuse, mais il m'invite à la prendre en charge si cela me chante ! Moi, qui croyais qu'un promoteur, même petit, avait les moyens de ses projets ; il s'agît quand même de 1500 m2, au prix du terrain dans mon petit village ! On ne joue pas dans la même cour, le promoteur et moi. Ou plutôt si, sur le même terrain, pour mon malheur.

  • vous démoliriez aussi la grange ? dis-je presque bas. Je n'avais pas compris, ce n'était pas noté sur le projet.

  • oui, sans doute les traits n'ont-ils pas été prolongés.

  • ????

Je n'ose pas en dire plus ; devant un promoteur et un géomètre-expert, on a vite l'impression d'être incompétente et inutilement inquiète face à des professionnels, face à des hommes...de l'art. Je ne suis peut-être qu'une vieille dame peureuse. Et puis Monsieur le maire a donné son accord à leur déclaration préalable de division foncière ; ça en fait des compétences face à mes angoisses ! C'est tout juste s'ils ne vont pas me donner du "ma petite dame" bientôt.

Devrais-je devenir une de ces résistantes du permis de démolir qui campent sur leur petit lopin devant les pelleteuses ? En aurais-je la détermination et le courage, moi qui rêve la nuit de murs et de planchers qui s'effondrent sous les assauts des démolisseurs de maisons mitoyennes ?

Je n'avais jamais eu affaire à un promoteur avant ! Maintenant, j'en ai un dans mon jardin et bientôt dans ma maison, si la pérennité des ouvrages voisins n'était pas assurée.







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