• Danièle Godard-Livet

Mon autre cadeau de Noël


Deux énormes livres de quelques cinq cents pages chacun pour raconter les histoires de vie extraordinaires de gens ordinaires en Nouvelle-France et Nouvelle-Angleterre qui deviendront Canada et Etats-Unis. Un travail de titan pour retrouver les bribes de ces oubliés dans des milliers de pages de documentation éparses et les restituer simplement, de la naissance à la mort de ces gens sans histoire.

Je n'en ai encore lu que deux : celle de Madame Montour et celle d'Esther Wheel Wright qui ont toutes deux vécu au début du XVIIIéme siècle. Elles ont maintenant une notice Wikipédia qui résume leur histoire, mais je ne vais pas me priver de la belle écriture de Marie Christine Lévesque, la publicitaire "retirée du bruit du monde pour écrire sous les mélèzes."

Isabelle Montour est née Elisabeth Couc en 1667 à Trois-Rivières d'un père français et d'une mère algonquine. Sa haine des français prendra naissance au viol impuni de sa soeur aînée par le seigneur du coin, son domestique et un ouvrier agricole. Métisse Algonquine, Canadienne-française, Anglaise, Iroquoise, elle sera traductrice pour les anglais et les français, aura plusieurs maris et amants et terminera sa vie dans une maison que lui construiront les anglais pour services rendus.

Esther Wheel Wright est née à Wells en Nouvelle-Angleterre en 1696 dans une famille profondément puritaine ; enlevée à 7 ans par les Abénaquis chez qui elle apprendra le catéchisme. Elle poursuivra son éducation chez les Ursulines et deviendra la mère supérieure des Ursulines de Québec sous le nom de mère Esther-Marie-Joseph. Les tentatives pour l'échanger avec d'autres prisonniers échoueront et c'est grâce aux manières de broder apprises chez les Abénaquis qu'elle rétablira l'équilibre financier des Ursulines.

la Mère Esther-Marie-Joseph parvient à rétablir une stabilité financière en encourageant les Sœurs à broder à l’amérindienne, en utilisant des matériaux traditionnels comme l’écorce de bouleaux, la peau de chevreuil, les poils d’orignaux et de porc-épic afin de créer des représentations saintes. Malgré le labeur que ce travail peut nécessiter, cette initiative connaît un succès commercial considérable. Une fois leur indépendance économique rétablie, les Ursulines peuvent continuer à offrir des services aux habitants amérindiens et canadiens-français. Dans la dernière moitié du XVIIIe siècle, l’école des Ursulines accueille d’ailleurs un nombre croissant d’étudiantes d'origine britannique. (source Wikipédia)

A travers ces deux seules histoires, difficile de ne pas se dire que la Grande Histoire est sans doute bien simplificatrice, que le métissage était constitutif des habitants de ces nouveaux territoires.

Isabelle Montour n a pas vu la Nouvelle-France tomber, mais elle l'avait anticipé. Pour conserver l'Amérique, il eut fallu que la France reconnaisse la grandeur métisse du Nouveau Monde. Quelle utilise cet atout. Madame Montour en savait quelque chose, de la grandeur métisse, elle. Sa force, sa beauté, son originalité. Contrairement aux penseurs de Versailles, qui n'en surent jamais rien. (Elles ont fait l'Amérique, Serge Bouchard, Marie Christine Lévesque Lux collection "mémoire des Amériques")

Merci Martin pour ce beau cadeau qui me promet des heures de lecture... et une connaissance de plus en plus approfondie de l'histoire du Canada.

20 vues0 commentaire