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  • Photo du rédacteurDanièle Godard-Livet

Préservons nos archives


le texte est barré au crayoon à papier de quatre traits en croix, l'inscription nul a été ajoutée dans la marge
archives municipales de Lissieu, dégradation du registre

C'est avec une grande émotion que j'ai commencé à consulter les archives des délibérations municipales de la période révoulutionnaire dont le registre débute en 1789.

Rien n'est simple pour cette période, même si la graphie n'est pas difficile à lire, bien plus proche de la nôtre que celle de périodes antérieures : il faut s'habituer au calendrier révolutionnaire, comprendre l'organisation municipale assez différente de ce que nous connaissons et qui change plusieurs fois entre 1789 et 1799, comme changent les fonctions municipales et leurs dénominations ( maire, officier municipal, notable, procureur de la commune, officier public, agent national, municipalité cantonale... ); il faut aussi chercher à savoir qui sont les gens cités et d'où ils parlent et parfois décrypter les complets revers de fortune dont ils sont l'objet. Tout un travail de décryptage à venir.


En revanche, ce qui saute aux yeux dès la première lecture, ce sont les atteintes aux archives. En illustration, un certificat délivré aux demoiselles Trollier (propriétaires de Bois Dieu à l'époque), barré au crayon ultérieurement avec un "nul" écrit en guise de mention marginale; tous les documents concernant les demoiselles Trollier dans ce registre ont été barrés, parfois à l'encre.

Qui a pu en vouloir ainsi aux demoiselles Trollier Marie Madeleine et Marie Gabrielle, et à quelle époque pour raturer ainsi le registre ? Alors même que les révolutionnaires les ont laissées parfaitement tranquilles et n'ont jamais mis leurs biens sous scellés comme ce fut le cas pour les de Varax (propriétaires de Plambeau), Guyot (propriétaires de la Roue) et quelques autres ?


Il n'y eut pas à Lissieu de destruction; quelques vols dans l'église en mars 1792 (ciboire avec sa patère et ostensoir en argent que les révolutionnaires tenteront de faire remplacer pour les rendre à l'église), des réquisitions d'animaux, de récoltes, de bois et de salpètre...

En revanche, il faut noter une destruction symbolique majeure : le terrier des fiefs de Lissieu et Montfort . C'était le registre contenant la description des terres et censives dépendant d'un seigneur, qui devait en principe être renouvelé tous les vingt ou trente ans et dont l'existence fut supprimée par une loi de mars 1790. Le détruire, c'était détruire les traces des droits féodaux. Mais, pour nous, une perte considérable relative à la consistance de ce domaine de 800 bicherées (115 ha)


Ce jourd'huy quatrième frimaire, première décade du troisième mois de l'an deux (24 novembre 1793) de la république française, une, indivisible et démocratique

Nous, maire, officiers municipaux d'après la lettre du citoyen Guyot qui nous a indiqué où étaient les terriers nous nous sommes transportés à Chasselay, à la municipalité qui nous a accompagné chez la veuve Rosier (veuve du notaire de Chasselay) qui nous a remis sous notre récépicé le terrier du citoyen Guyot le trois frimaire

Ce jourd'huy quatre frimaire nous nous sommes transportés à la Roüe, pour y prendre à l'endroit indiqué le restant des terriers qui était sous le scellé,après nous être présentés au district pour avoir son consentement, on nous a répondu que nous pouvions lever les scellés pour en soustraire les effets susmentionnés; ce que nous avons faite de suite la commune assemblée, en présence des citoyens d'aigueperse et Burtin gardiateurs et du citoyen jean vernay surveillant ; la commune a arrété que les dits terriers seront brulés à l'issue des vèpres sous l'observation du procureur de la commune et du maire, ils ont été brulés de suite au son du tambour

Ferlat maire, Sagnan procureur de la commune, Vernay surveillant, Voisin greffier, d'Aigueperse gardiateur, Burtin gardiateur

(transcription de l'acte figurant dans le registre des délibérations municipales de Lissieu)


Jean Marie Guyot est le beau-frère de Joseph Henri Lambert , dernier seigneur de Lissieu et Montfort, son père Jean Alexis Guyot a racheté les terres de Lissieu et Montfort en 1791.

La propriété des citoyens Guyot sera mise sous scellés en 1793, scellés rapidement levés en 1794. La commune de Lissieu défendra même Jean Marie Guyot injustement emprisonné en 1794;

Son fils Stéphane sera maire de Lissieu de 182? à 1826; il y mourra à 24 ans en cours de mandat au château de la Roue ; sa soeur Marie Louise, a épousé en 1824 à Lissieu Jean Théodore Durozier, lui aussi maire de Lissieu de 1826 à 1830 qui commencera le démembrement du domaine de la Roue à la mort de sa femme en 1833, démembrement que la perte des terriers n'a pas compromise ; Démembrement poursuivi par la fille de Charrin devenue religieuse.

Moins heureuse sera la fin de Joseph Henri Lambert, dernier seigneur de Lissieu, éxécuté le 13 décembre 1793 à Lyon, après le siège . Sa fille épousera en 1803 joseph Augustin Lacour propriétaire de Montluzin, domaine lui aussi mis sous scellés un temps mais vite récupéré par la famille. Claude Antoine Lacour, son frère, chez qui s'était réfugié le fils de Joseph Henri Lambert, avait été guillotiné à Lyon le 28 novembre 1793 .


Perdre la vie est bien plus terrible que de voir bruler ses archives. Toutefois, j'espère que les archives de Lissieu seront bientôt numérisées et remises aux archives départementales pour qu'on puisse toujours reconstituer l'histoire du village et de ses habitants.

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