Tous droits réservés Danièle Godard-Livet 2018

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C comme Collatéraux

 

On ne parlera jamais assez de l'importance des oncles et des tantes (et des cousins) dans les histoires de vie.

J'ai commencé mes recherches généalogiques pour découvrir des « tantes » qui venaient l'été à la Chevalerie, le hameau des grands parents paternels, où je passais une partie de mes vacances. Ces nombreuses « tantes » dont la position dans l’arbre de notre ascendance était pour le moins obscure. Elles s’appelaient Marthe, Finette, Camille ou Colette et nous les voyions vivre, et puis il y avait la mystérieuse tante Gal dont on parlait beaucoup mais qui était morte.

 

Je leur ai écrit une missive qu'elle ne liront jamais, mais qui traduit mes émotions d'enfants face à ces personnages :

Vous vous appeliez Marthe Lévigne, Marie Félicie Antoinette Guyonnet, Camille Guyonnet et Colette Mathieu. Vous étiez des grandes personnes qui vivaient sans mari, sans enfant, sans même un animal domestique. Je vous revois fanant comme dans une photo de J.F. Lartigue, car vous étiez des citadines passant seulement l’été à la campagne, occupées de vous, prêtant parfois la main distraitement et pour peu de temps. Finette entretenait sa peau extraordinairement douce, Marthe lisait des romans policiers, Camille était si fantasque et Colette si rare que je ne sais plus à quoi elles passaient leur temps.

A La Chevalerie vous aviez toutes une maison acquise dans d’obscures héritages, mais vous veniez de la ville, toutes fonctionnaires, toutes dans l’enseignement ou les postes. Vous ne prêtiez aucune attention aux enfants que nous étions mais je me souviens très bien de vous. Pour moi, vous restez des personnes admirables et mystérieuses, plus que des grands-tantes (que vous n’étiez pas toutes d’ailleurs), modèle désiré par mon père pour son unique fille, mais peu prisé par ma mère.

Je ne vous ai jamais vues comme les vieilles filles solitaires, amères et désœuvrées que vous étiez sans doute. Il flotte toujours sur vous un parfum de liberté. Votre égoïsme à vous avait, une fois pour toute, délimité le champ de votre regard sur le monde mais je ne vous ai jamais entendu vous plaindre. D’ailleurs vous ne parliez pas aux enfants !

Que j’aimais votre étrangeté, votre vie de bohème comme il peut en exister à la campagne : repas de n’importe quoi, à n’importe quelle heure, régimes surprises, lectures à n’en plus finir, jamais un tricot (ou alors infini et inachevé), jamais un bonbon ou un livre pour les enfants, sublimes, entières d’égoïsme.

Ma grand-mère Maria Guyonnet, bien qu’ayant mari et enfants, était comme vous, dans une version paysanne et sauvageonne, pas arrangée comme une citadine, mais oubliant tout quand ses sœurs étaient là pour vaquer à de longues lectures de magazines ou d’infinies rêvasseries, l’éloignant des fourneaux et de son travail de fermière.

 

Au cours de ma recherche, une cousine m’a remis une photo de vous prise dans les années 1910. Vous êtes devant un décor de photographe, sans doute à la demande de la tante Gal dont j’ai découvert l’identité au cours de mes recherches : Marie Antoinette Guyonnet, la sœur de mon arrière-grand-père mariée à un Monsieur Gal. Marthe est la première à droite, Maria ma grand-mère vient ensuite, puis une cousine inconnue, puis c’est Finette, Marie Félicité Antoinette Guyonnet, puis une autre cousine inconnue. Camille mon autre grand-tante n’est pas encore née et les deux cousines inconnues, sans doute deux autres nièces de la tante Gal : Niche Lévigne et Germaine Guyonnet.

Mais j'en reparlerai car l'importance de ces tantes sans descendance est souvent primordiale dans les histoires de familles.

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