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T comme Testament (et partages)

23/06/2016

 

Il est des testaments touchants, ceux recueillis au chevet des mourants.

Il en est de plus distant , fait à l'avance pour maintenir la paix entre les enfants et assurer ses vieux jours.

Chez tous on sent l'avidité de ceux qui restent d'obtenir une part des biens de ce monde .

 

La succession chez les Treille sur trois générations, voilà mon exemple.

 

Testament de Marie Guillemin en illustration, la première femme de Bonnet Treille

En 1814, Marie Guillemin est malade et, de son lit, teste en faveur de son mari. Elle va mourir à 48 ans. Elle est la femme de Bonnet Treille depuis douze ans ; de dix ans plus âgée que son mari, elle ne lui a pas donné d'enfant.

Trois pages, un notaire et deux témoins suffisent à enregistrer ses dernières volontés :

« Je lègue audit Bonnet Treille mon mari l'usufruit sans bail ni caution de tous les biens généralement que je laisserai à mon décès »

Lors de son mariage avec Bonnet Treille, son père Jean Guillemin l'avait préciputée d'un quart et s'était assuré que le couple vivrait avec lui :

« En faveur duquel mariage le citoyen Jean Guillemin institue ladite marie Guillemein sa fille pour son héritière en preciput du quart et quatrième position des biens qui resteront à son décès et au surplus....... le dit quart prélevé l'institue pour son par égale portion avec les autres enfants des biens qui resteront a son décès et en avancement de son hoirie ou future.... lui constitue un trousseau composé d'un lit et duvet de plume garni de leur... une couverture de laine du pays quatre linceul une nappe et son coffre garni des habits linges et ….lesquels meubles seront réputés délivrés par l'accomplissement su present sans qu'il soit besoin d'autres quittances vu que le dit futur doit venir résider en la maison et compagnie du dit Jean Guillemin lesquels meubles ont d'une valeur de quarante francs »

 

Après la mort de Marie Guillemin, l'oncle et le neveu Blaise et Blaise en 1819, vont racheter l'usufruit consenti par Marie à son mari par testament.

« Par devant nous jean Beaujeu notaire royal à la résidence d'Arconsat et son collègue tous deux exerçant dans le canton de st rémy arrondissement de Thiers département du Puy de dôme soussignés ont comparu Bonnet Treille charron habitant au village des cros commune d'arconsat veuf de marie guillemin d'une part,

Blaise et autre Blaise guillemin oncle et neveu aussi charron habitant au village des cros de la commune d'arconsat d'autre part,

lesquels nous ont exposé que par le contrat de mariage entre Bonnet treille et marie guillemin sœur de Blaise guillemin oncle passé devant me gourbins et son collègue notaire à thiers le 27 pluviose an X enregistré le 5 ventose suivant, cette dernière fut instituée par jean guillemein son père d'un quart en preciput avantage et hors part et dans les autres trois quarts à part égale avec ses autres frères et sœurs

que par son testament devant me delotz notaire à celles sur durolle le 8 septembre 1814 enregistré le 7 novembre suivant ladite marie Guillemin a donné à Bonnet treille son mari l'usufruit et jouissance de tous ses biens meubles et immeubles qui resteraient à son décès

que les parties ont vécu au même pot et même feu jusqu'à ce jour mais que ne pouvant plus se compatir ensemble ils étaient sur le point de s'assigner en partage et d'entrer en procès. Lors que s'étant retenues elles sont demeurées d'accord du contenu..... suivant »

 

Après la mort de de leurs parents (Bonnet Treille qui s'était remarié avec Claudine Gouttebarge et en avait trois enfants), un nouveau partage intervient entre les trois enfants Blaise, Claude et Antoinette en 1859

Les deux frères considérant que leur sœur Antoinette célibataire "est incapable d'administrer seule ses biens", se partagent en deux parts égales ce qui vient de leurs parents.

 

Blaise et Claude épouseront deux sœurs Cornet, s'associeront puis déferont leur association. Et Claude mourra à Mexico en 1865 ; ce décès séparera durablement les deux branches de la famille, mais c'est une autre histoire.

 

A la mort de Blaise, sa veuve « voulant faciliter à ses enfants le partage de la succession de leur père et leur éviter des difficultés pour le partage de sa propre succession » c'est un nouveau partage entre le frère Claude et sa sœur Claudine (mon AAGM ) en 1877

Claude, le garçon reçoit 5/8 des biens (Un quart à titre de préciput et la moitié des trois quarts restants à titre de part virile), sa sœur Claudine ne reçoit que 3/8

La mère veut aussi assurer son avenir le document notarié est très précis quant aux conditions que les enfants devront respecter jusqu'à son décès. Elle a cinquante-huit ans et mourra cinq ans plus tard

 

"La donatrice se réserve l'usufruit jusqu'à son décès d'un logement composé d'une chambre dans la maison d'habitation des Cros au-dessus de la cuisine et du galetas au-dessus avec passage par l'escalier commun, d'un jardin de deux ares à prendre à l'est dans la terre appelée sous le bost cise au lieu-dit des Cros suivant bornes qui seront plantées incessamment, d'un quart de la cave située derrière la cuisine, de son mobilier personnel de deux lits garnis une armoire huit draps de lit à choisir, douze serviettes, deux nappes, six torchons et six chaises et des ustensiles de cuisine qui lui sont nécessaires. En outre les donataires devront lui conduire chaque année jusqu'à son décès cinq chars de bois de chauffage dont trois à la charge du fils et deux à la charge de la fille. Ce bois sera fourni seulement dans le cas où elle ne ferait pas ménage commun avec l'un ou l'autre de ses enfants. Enfin ce bois sera fourni en nature ou exigible en argent au choix de la mère à raison de six franc le char ; s'il est fourni en nature, il devra être coupé et emménagé par celui qui le fournira.

 

La présente donation est faite en outre à la charge par les donataires qui s'y obligent de payer et porter à la donatrice dans la proportion de leurs amendements dans les biens donnés une pension annuelle et viagère de cinq cents francs payable chaque année en quatre trimestre ou paiements égaux de cent vingt-cinq francs chacun ladite pension payable par avance c'est à dire que le premier trimestre est échu dès aujourd'hui, un second trimestre sera échu dans trois mois d'aujourd'hui et ainsi de suite jusqu'au décès de la donatrice ; cette pension ne pourra s'arrérager et sera présumée payée quinze jours après l'échéance de chaque terme."

 

Ainsi allait la vie des familles de paysans en Auvergne et ailleurs.


 

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