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Où l'on s'interroge sur la posture de l'enquêtrice

 

C’est le 15 août, elle rate le bus. Il part de Chasselay et non de St-Germain-au-Mont-d’or les dimanches et jours fériés. Elle essaie de le rattraper en voiture, mais c’est peine perdue ; ça va vite un bus le 15 août.

Elle explore un nouvel arrêt Les Balmones juste à la sortie de Limonest. Des villas anciennes avec chien (de garde), des villas en cours de rénovation avec lapin (de compagnie), mais pas grand monde. Une dame descend la route du Puy d’or avec un petit chariot, elle distribue des journaux publicitaires dans les boites aux lettres. Un monsieur monte, il porte à pied une lettre à la poste. Et puis des voitures qui passent dans les deux sens.

À sa grande surprise, le bus est bien rempli. Il n’y en a qu’un toutes les heures. Elle s’assied à côté d’un jeune homme qui porte un pansement à la main, il travaille en cuisine à Limonest et s’est brulé, pas gravement heureusement. Un groupe de jeunes. Ils sont trois, ils viennent du Havre et sont logés chez un cousin dans le 9e pour 3-4 jours. Elle est vraiment jolie, lui a gagné des places sur Twitter pour un match de basket et le troisième a de très belles baskets multicolores. Ils ne connaissent pas Lyon, presque gênés d’être en pleine découverte devant elle. L’équipe de France de basket s’entraîne à Villeurbanne pour le Championnat du monde en Chine et dispute trois matchs pendant le week-end (Montenegro, Brésil, Argentine)

 

Sa posture d’enquêtrice n’est pas encore bien claire, même pour elle : je de diffraction, je de position, je d’interaction ou je d’incarnation. Elle a beau lire « Le nouvel âge de l’enquête » de Laurent Demanzé, tout cela est encore à travailler... d’autant plus qu’elle dit elle et non je.

 

  • Je de diffraction si elle mettait « au net le facteur personnel dans l’appréhension du monde » : elle dit bien qu’elle fait une sorte d’enquête et n’a pas l’habitude de prendre le bus, mais en cela elle n’est pas différente d’eux qui découvrent le bus en région lyonnaise. Certains d’ailleurs l’appellent pour la remercier de la photo.

  • Je de position si elle mettait « à nu une dissymétrie fondamentale [...] accentuée par les effets de domination sociale ou symbolique » : les gagnants des places de match sont jeunes, elle pourrait être leur mère (et même plus), mais c’est vrai que certains voient parfois en elle l’artiste ou l’écrivaine et ça la flatte. C’est un atout dans certains cas, mais sûrement pas avec les femmes voilées ou les couples avec poussette qui vont se promener dans la zone commerciale.

  • Je d’interaction « qui permet de mettre l’accent sur les dynamiques intersubjectives, en pensant l’enquête sur le mode d’une négociation, en prise avec les enjeux sociaux du terrain » : c’est vrai qu’ils sont plusieurs à lui avoir suggéré de transmettre son reportage aux TCL.

  • Je d’incarnation « qui permet de penser l’enquête sur le mode de l’expérience dans un trajet physique » : elle se reconnaît bien dans ce je et c’est effectivement d’abord l’expérience d’un trajet physique dont elle ne maîtrise pas les codes qu’elle est en train d’explorer.

Merci monsieur Demanzé. Elle aime mettre de l’ordre dans sa perception du monde à défaut de s’y situer tout à fait correctement.

 

Dernière rencontre sur le trajet, c’est le marcheur avec son très long bâton de bambou qui ressemblerait presque à un bâton d’arts martiaux mais qu'il a tout simplement coupé sur le chemin et qu'il garde depuis.. Il vient de Bron et part traverser les Monts d’or, 20 km de marche dynamique. Elle lui indique le chemin du vallon de Rochecardon lorsqu’ils passent devant le chemin de Saint-André... pour les jours où il voudra faire une promenade plus tranquille. Elle lui promet de lui envoyer la photo s’il lui donne son mail et elle le fait.

 

 

 

 

 

 

 

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