Tous droits réservés Danièle Godard-Livet 2018

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Eugénie crée son emploi 4 (suite)

Le contrôle fiscal se passa mal, non pas pour Martial, mais pour Eugénie. Martial avait bien préparé sa rencontre avec l’inspecteur des impôts à qui il fournit dès le départ un schéma très clair des relations entre les différentes structures qu’il gérait, ses fournisseurs et ses clients. Il s’était déjà servi de ce schéma pour mener sa petite enquête pour savoir d’où pouvait provenir le signalement à l’administration fiscale. Il n’eut aucune défiance vis-à-vis d’Eugénie, mais se fâcha avec le coach sportif qu’il soupçonna d’avoir voulu se venger des retards pris par l’ouverture de sa salle. Martial justifia toutes ses charges (importantes) et ses faibles gains. L’inspecteur le félicita de son dynamisme et de la bonne tenue de ses comptes. Il n’y avait pas tant de jeunes entreprises qui  survivaient  aux trois premières années d’existence, il serait toujours temps de payer des impôts; d’autant plus qu’avec sa situation très saine et qu'il avait une excellente base pour son développement et de prochains recrutements.

Eugénie quant à elle eut beaucoup de difficulté à justifier ses frais de voyages autour du monde que l’inspecteur n’accepta pas de considérer comme des charges; de plus il la signala à l’Urssaf qui recalcula toutes les charges sociales. Elle fut obligée de demander de l’aide à Martial qui l’a mis très obligeamment en relation avec le cabinet comptable qu’il employait lui-même. Elle paya le redressement, mais vécu très mal d’avoir perdu contre Martial. Léopoldine asséna le coup final en lui expliquant que ses griefs contre Martial relevaient plus de la justice que des impôts. Elles ne se parlèrent plus.

 

Pendant ces mois agités, Eugénie négligea beaucoup sa communauté et les conséquences se firent rapidement sentir sur les partenariats qui s’effilochèrent. Martial ne lui en fit même pas la critique alors que les revenus baissaient, autant pour lui que pour elle. Il coachait désormais une instagrameuse sénior de Bordeaux qui cartonnait avec ses hashtags #toujoursjeune #jeunior #lifestyleaprès60 #jenevieillispas. Une niche en pleine expansion! Elle cherchait d’ailleurs une photographe, si Eugénie voulait postuler, il la recommanderait. Eugénie refusa puis accepta. Il fallait bien qu’elle élève Agathe; les déplacements vers Bordeaux étaient compliqués, même en avion, et ne laissaient pas une grosse marge !

 

Eugénie essayait de faire bonne figure, mais elle sentait que la dégringolade était amorcée et qu’elle était incapable de reprendre pied. Pire encore, sa communauté lui manquait ! Plusieurs fois par jour, elle se connectait à son compte instagram et n’y trouvait ni like, ni commentaires. Un sentiment d’affreuse solitude l’envahissait que les enfants des écoles ne comblaient pas. C’était ridicule, de regretter tous ces messages d’une grande banalité "trop belle", "so cute", "amazing", "j’aime beaucoup", mais ça lui manquait plus que ses fou-rires avec Leoplodine. C’était comme une addiction, elle s’en voulait, se trouvait enfantine, mais rien n’y faisait. Elle avait besoin qu’on l’aime, qu’on la suive, qu’on lui parle. Elle avait besoin d’être utile et incontestablement elle l’était pour sa communauté. Elle les lâchait, ils avaient raison de lui en vouloir. Il fallait qu'elle se reprenne, mais n'avait aucune énergie pour le faire.

 

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October 14, 2019

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