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  • Photo du rédacteurDanièle Godard-Livet

Où sont les tirailleurs sénégalais morts à Lissieu le 19 juin 1940 ?


Le visiteur curieux s’étonne toujours de voir sur le monument aux morts de Lissieu plus de noms pour la guerre de 39-45 que pour la Première Guerre mondiale1 : 30 pour la Seconde Guerre (dont deux inconnus), 22 pour la Première Guerre mondiale. Et pourtant il en manque !

J'ai rencontré récemment ce visiteur curieux dont l'arrière-grand-mère était née à Lissieu, avait perdu un fils à la guerre de 1870 et ne s'en était jamais remise. Il m'a posé la question et je n'ai pas su répondre.

Je savais pourtant que Lissieu avait été le théâtre d'une bataille terrible en 1940 qui a laissé de sombres souvenirs dans les mémoires lissiloises ; le lieu aussi choisi par les allemands pour fusiller dans un fossé 19 résistants détenus à la prison de Montluc. Mais qui était qui et quand était-il mort parmi les 30 du monument aux morts, je ne le savais pas.


Comment répondre à la question du visiteur curieux ?


A un moment où la municipalité veut renover la stèle des fusillés, à un moment aussi où le rôle des régiments de tirailleurs sénégalais (très engagés dans les combats du 19 juin 1940) sort de l'ombre grâce à un film récent, j'ai voulu en savoir plus.

Armée de patience, j'ai mis chaque nom en relation avec les tables décennales des décès à Lissieu et le site mémoire des hommes.2

- 7 noms sont ceux de Lissilois (ou ayant de la famille à Lissieu) et leurs décès s'étalent entre 1940 et 1944 (ces noms figurent également sur la stèle du cimetière de Lissieu)

- 17 noms et deux inconnus sont ceux des résistants fusillés le 10 juin 1944 (ces noms figurent également sur la stèle de l'allée de la cité des longes au bord de la N306)

- 4 noms seulement pour les morts du 19 Juin 1940 (ces noms figurent aussi sur la stèle du grand creux à Bois Dieu)

Le monument de Monluzin au croisement de la D42 n'est pas bavard. Aucun nom n'y figure; il est simplement écrit : "Ici le 19 juin 1940 quelques soldats des troupes coloniales et de la DCA se sont sacrifiés pour arrêter une division allemande"

Pourtant les tables décennales des décès mentionnent :

- 19 soldats français tués à l'ennemi le 19 juin 1940

- 19 soldats indigènes tués à l'ennemi le 19 juin 1940 dont 4 inconnus



Par ailleurs une délibération du conseil municipal de Lissieu datée de 1941 mentionne les frais occasionnés pour la réparation du clocher et de son horloge, ceux de l'exhumation de 5 officiers allemands et ceux des dix-neuf croix avec coeur et inscriptions pour des soldats tombés le 19 juin 1940.

Pourquoi n'avoir retenu que quatre de ces 36 morts des combats de Montluzin et Bois Dieu ? Que sont devenus les autres ? Font-ils partis des anonymes de la nécropole nationale de Chasselay ? Ont-ils tout simplement été oubliés ?

Les questions qui demeurent


On sait depuis "Au revoir là-haut" de Pierre Lemaitre ou depuis "Le monument" de Claude Duneton que les monuments aux morts ont toujours donné lieu à des tractations mémorielles et financières. Que les graphies erronées de patronymes des morts ne sont pas rares non plus. Il y en a deux sur le monument aux morts de Lissieu : Eugène BOUHELIER (et non Bouchelier comme gravé), Vilquin RACHLINE (et non Vilouin Racheline comme gravé)

Peut-être a-t-on voulu donner plus de place aux résistants lâchement abattus par les nazis qu'à ces combattants de Montluzin qui tentaient d'arrêter l'armée d'occupation alors que l'idée d'armistice était déjà en marche (il sera signé le 22 juin) et Lyon déjà déclarée ville ouverte ?

Peut-être a-t-on pensé qu'il était difficile d'aligner trop de noms "d'indigènes" sous le titre de soldats de Lissieu morts pour la France alors qu'une nécropole nationale leur était consacrée à Chasselay ? Pourtant aucun des fusillés du 10 juin 1944 n'était Lissilois et les quatre morts du 19 juin 1940 à Bois Dieu ne l'étaient pas plus.


Le sens des lieux de mémoire


Les Lissilois peuvent croiser au moins six lieux de mémoire de la Seconde Guerre mondiale (Certains mentionnent des noms, d'autres non) : stèle au cimetière (7 noms), monument aux morts (30 noms), stèle de Montluzin (0 nom), stèle au bord de la nationale N306 (allée de la cité des longes (19 noms) stèle au bord de l'étang du grand creux à Bois Dieu (4 noms) et chapelle du parc de Montvallon (2 noms). De quoi raconter toute l'histoire de la Seconde Guerre mondiale à Lissieu !

Quelques épisodes sont déjà racontés dans d'anciens bulletins municipaux ou sur des panneaux explicatifs comme celui de la chapelle de Montvallon ou le futur panneau qui sera apposé près de la stèle des fusillés, mais il me semble qu'on peut faire plus.

Les lieux de mémoire, s’ils ont un sens, ne se doivent-ils pas d’être pédagogiques et servir encore quand les morts n’ont plus personne pour les pleurer, mais seulement des êtres humains anonymes qui voudraient savoir pour quelle cause ces combattants ont donné leur vie ?

La mémoire des Lissilois comme deux livres concernant spécifiquement les évènements qui se sont déroulés à Lissieu peuvent nous y aider :

- L.R. Les silences d’un résistant par François Rachline, neveu de Vilquin Rachline, fusillé à Lissieu Albin Michel 2015

- Juin 1940 combats et massacres en Lyonnais par Julien Fargettas Editions du Poutan 2020

1J’avais déjà signalé dans un autre article les énigmes de la liste des morts de la Première guerre mondiale : deux noms oubliés de morts pour la France, mais nés ailleurs et sans famille à Lissieu et les noms des morts de leurs blessures dans leur famille lissiloise sans avoir toujours le statut de morts pour la France à côté de ceux disparus ou morts tout au long du front et des années de combat.

2Sur les tables de décès sont transcripts tous les décès des Lissilois qu'ils aient lieu sur la commune ou ailleurs; sur le site mémoire des hommes on peut retrouver tous les décès rattachés aux grandes guerre assortis du statut des morts (lieu et date de naissance et de mort, régiment, mort pour la France ou non, éventuellement date du jugement quand il s'agit de disparus)

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