Tous droits réservés Danièle Godard-Livet 2018

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  • Danièle Godard-Livet

Tombes de châtelains à Lissieu


Dans le cadre du printemps des cimetières, évènement de l'année européenne du patrimoine, on m'a demandé de présenter les tombes de nos châtelains lissilois.

Quelques recherches généalogiques et visite des tombes (que je ne connaissais pas) pluis tard, voici l'histoire des ces châtelains qui ont choisi la terre de Lissieu pour leur sépulture.

Cinq familles ont compté à Lissieu au XIXᵉ siècle :

– Les Guyot de Lissieu, propriétaires des châteaux de Lissieu, de la Roue et de Janze

– les Charrin, acheteurs du château de la Roue en 1838

– les Fleurdelix, acheteurs du château de Bois-dieu en 1837

– les O'Mahony, acheteurs du château de Montvallon en 1850

– les Perrin-Gilardin, acheteurs du château de la Roue en 1863

Au XXeme siècle, ne sont restés que

- les de Gayardon de Fenoyl alliés aux Chavanis, propriétaires du château de Montvallon (acheté vers 1867 par Louis Joseph Amédée Chavanis), aujourd'hui détruit, dont il ne reste que la chapelle construite en 1953;

– et les Neyron alliés aux Louvat de Champollon, acheteurs en 1915 du château de Bois-Dieu qu’ils conserveront jusqu’en 1973.

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Industriels, burgeois enrichis, anoblis sous la restauration et la monarchie de juillet, ces propriétaires de châteaux ont dès leur arrivée à Lissieu pris des responsabilités (à la mairie ou à l'église) dans cette petite commune agricole de 500 habitants qui n'était pas encore traversée par la route de Paris. Leurs châteaux étaient des résidences secondaires, ils n'étaient pas enfants du pays et leur descendance a quitté Lissieu et vendu les châteaux. Quelques uns pourtant ont pris Lissieu en affection au point de s'y faire enterrer.

Ce texte retrace quelques éléments de l'histoire de ces châtelains lissillois. L'histoire des paysans lissilois reste à faire ainsi que celles des maires non-châtelains (les Ferlat, Murat, Rivoire, Voisin, Pinet, Duchamp, Touret, Thibaud, Briard, Bail, Vianney) qui assurèrent souvent en tant qu'adjoints les fonctions du maire empêché.

Stéphane et Marie Louise Guyot de Lissieu : mausolée en marbre blanc à droite de l’entrée de l'église, œuvre du sculpteur Prost (en illustration)

Stéphane et Marie-Louise sont les deux enfants de Jean Marie Guyot de Lissieu anobli à la restauration en 1817, héritiers par leurs grands-parents des châteaux de Lissieu, la Roue et Janze (achat du grand-père et héritage de la grand-mère). Ils meurent tous les deux très jeunes :

- Stéphane à 24 ans en 1826 alors qu'il était maire de Lissieu ;

- Marie Louise à 36 ans en 1833.

C'est le mari de Marie Louise, Jean Camille Théodore Durozier, député de la Loire et maire de Lissieu de 1827 à 1830 qui fera construire le mausolée et les tombes qui abritent le frère et la sœur (et peut-être leur belle-soeur). Il avait épousé Marie Louise à Lissieu en 1824, il a donné 4000 fs pour la décoration de l'église, une somme annuelle de 100 fs pour la fabrique de cette église et pareille rente pour les pauvres de la paroisse de Lissieu. Elle fit construire, avec son mari, une école communale pour les filles. Elle fit son mari héritier universel, et celui-ci vendit le vieux château aux habitants de Lissieu.

Jean Camille Durozier quittera Lissieu et finira ses jours au château de Salt-en-Donzy.

Charles Marie de Charrin, Marie-Louise Anaïs Fleurdelix, Joseph Marie Léon Fleurdelix : trois pierres tombales à gauche de l'entrée de l'église contre le mur d'enceinte.

Charles Louis de Charrin, originaire de St Chamond, est un chevalier industriel qui a fait fortune dans les mines de charbon. Maire de St Paul en Jarez de 1821 à 1840, il achète le château de la Roue aux Guyot de Lissieu en 1838 et devient maire de Lissieu en 1840. Louis Philippe lui accorde le titre de comte héréditaire en 1840.

En 1813, il avait épousé à Rive de Gier, Marie Louise Anaïs Fleurdelix, sœur de Joseph marie Léon Fleurdelix.

Il meurt à 68 ans ans en 1853 pendant l'exercice de son mandat de maire de Lissieu. Son épouse mourra quelques années plus tard en 1861 à 64 ans.

Joseph Marie Léon Fleurdelix est originaire de Rive de Gier ; il a fait lui aussi fortune dans les mines. Il achète le château de Bois-Dieu en 1837 et devient maire de Lissieu de 1838 à 1840 avant de laisser la place à son beau-frère, mandat qu'il reprendra de 1853 à 1859 après la mort de son beau frère. Il mourra lui aussi pendant l'exercice de son mandat à 60 ans en 1859.

Il avait épousé à Lyon en 1829 Antoinette Marie Charlotte Vincent de Vaugelas de 8 ans sa cadette dont il n'aura pas d'enfants et qui lui survivra 36 ans (elle mourra en 1895 à 87 ans). Elle invitera cousins et cousines, neveux et nièces au château de Bois-Dieu pendant toutes ses longues années de veuvage et laissera un bon souvenir à ses domestiques et fermiers.

Succède à Mme Veuve Fleurdelix décédée en 1895, son neveu et héritier André Devienne propriétaire du château de Chaponost, qui vend Bois-Dieu en 1911 à M André Jacquemont, prête-nom de l’archevêché de Lyon, qui lui-même cède Bois-Dieu, en 1915, à M. Louis Neyron ( 1856-1917 créateur de la marque Rasurel) qui l’occupait en location, depuis août 1914. Madame Veuve Louis Neyron née Félicie du Louvat de Champollon (1870-1962) issue d’une famille de petite mais ancienne noblesse du Bugey, conservera Bois-Dieu de 1917 jusqu’à sa mort en 1962. Ses enfants, petits enfants ( dont plusieurs sont nés à Bois-Dieu) et arrière-petits-enfants profiteront du domaine pendant 45 ans. En 1973, ses nombreux héritiers vendent la propriété de Bois-Dieu au promoteur parisien Bréguet – Construction en 1973, qui la lotit dans le cadre de la ZAC de Bois-Dieu. En 1984, le projet de démolition du château, dans le cadre de la modification de la ZAC, n’aboutit pas grâce à une forte mobilisation des habitants de Lissieu : la commune restaure le rez de chaussée qui lui appartient depuis 1973 et la société Bréguet-Construction aménage les 2 étages en appartements.

Des trois enfants (Johannes, Noémie et Marie Françoise Joséphine) du couple de Charrin-Fleurdelix, c'est la dernière, religieuse, qui héritera du château de la Roue et le vendra en 1863 à Gabriel Perrin, avocat et rentier. Il s'y établira avec sa seconde épouse Reine Aspasie Hyacinthe Gilardin épousée à Lyon en 1865. Leur unique fille Virginie Marguerite Perrin-Gilardin naît à Lissieu en 1869. Gabriel Perrin est maire de Lissieu à la fin de 1870. Reine mourra à Lyon à 44 ans en 1883. Gabriel mourra à Lissieu en 1913. Ils sont l'un comme l'autre enterrés au cimetière de Loyasse à Lyon, mais ont fait don à l'église de Lissieu d'un vitrail à leur nom en 1873.

Comte et comtesse O'Mahony : deux pierres tombales à droite de l’entrée de l’église devant les mausolées des Guyot de Lissieu.

Arsène O'Mahony, comte et chevalier de Malte, gentilhomme irlandais, colonel puis journaliste et écrivain épouse en 1848 à Dole sa troisième épouse Marie Eugénie Garnier de Falletans. Il est déjà deux fois veuf et père de quinze enfants (qui n’ont pas tous survécu) ; elle est sa cadette de 36 ans.

Il s'est installé à Lissieu entre 1845 et 1846 venant de Fribourg (Suisse) ; sa seconde épouse née Pasquier de Franclieu y mourra en 1846 ainsi que le dernier enfant qu'elle lui a donné en 1847.

A-t-il fait construire le château de Montvallon ou bien l'a-t-il acheté ? Les deux enfants qu'il aura de sa troisième épouse y naîtront : Marie, Maurice, Augustin, Patrice O'Mahony en 1849 et Marie Eugénie Augustine O'Mahony en 1851.

Arsène O'Mahony décède à Lyon peu après leurs naissances en 1858 ; il semble que la mère et les enfants ne restent pas à Lissieu. Elle mourra comme sa fille à Sampans dans le Jura et son fils s’établira en Normandie chez son épouse.

Il reste pourtant à Lissieu un autre souvenir de la comtesse O'Mahony, née Garnier de Falletans : Elle fut avec Léon Fleurdelix marraine d’une de cloche du clocher de Lissieu, la « Léonie » baptisée en 1855.

Chavanis et de Gayardon de Fenoyl : caveau au nouveau cimetière de Lissieu

La propriété de Montvallon fut ensuite vendue à Lucien Joseph Amédée Chavanis, d'une famille originaire de Cublize (vers 1867, date d'une première naissance Chavanis à Lissieu ?) qui avait épousé à Lyon Antoinette Servant en 1856 ; elle lui donnera 11 enfants avant de mourir à 36 ans en 1871. Amédée se remariera deux fois après le décès de sa première épouse. Il fut maire de Lissieu de 1875 à 1881.

Sa petite fille Henriette épousera un Gayardon de Fenoyl en 1926 à Lyon, famille originaire de Ste-Foy-l'argentière.

Le grand-père d'Henriette était avocat et rentier. Son père Paul Henry Chavanis était Juge au tribunal de commerce, conseiller du commerce extérieur, vice-président du syndicat des fabricants de soieries et fut maire de Lissieu de 1919 à 1930. Le père de Guy était secrétaire général de la société « Le Nickel », Guy était ingénieur Supelec.

Guy était né au Tonkin en 1904, il vécut à Paris, puis à Lyon. Si le château de Montvallon ne fut pour eux qu'une résidence secondaire, ils semblent avoir été très attachés à Lissieu où ils sont enterrés ainsi que plusieurs de leurs enfants et même petits-enfants dans leur caveau du nouveau cimetière.

C'est dans le parc du château de Montvallon qu'Henriette fit construire en 1953 une chapelle « de style camarguais » en reconnaissance de la survie de son mari à la seconde guerre mondiale. Guy de Fenoyl prit le maquis après l'armistice de 1940, puis rejoignit les troupes de de Lattre de Tassigny qui le nomma lieutenant-colonel du 2eme bataillon de choc. Il fut gravement blessé en arrachant aux allemands le petit village de Masevaux en Alsace. Leur fille aînée Chantal mourut en 1949 de la tuberculose contractée en allant soigner les soldats de retour des camps de prisonniers.

C'est cette propriété qui fut vendue dans les années 1970 pour construire une des écoles de Lissieu, les lotissements de Montvallon et des cerisiers.