• Danièle Godard-Livet

Des textes pour l'atlas des régions naturelles d'Eric Tabuchi et Nelly Monnier


chézieu, neige, Forez, complexe industriel

La revue lescamoteur a lancé un appel à contribution pour ajouter des textes aux photos de Nelly Monnier et Eric Tabuchi présentées dans l'atlas des régions naturelles dont j'ai parlé dans mon dernier post. Vous pouvez lire les textes déjà produits dans le groupe facebook archives-arn.fr

Je me suis prise au jeu, car j'aime allier textes et photos. Il ne s'agit pas pour moi de légender les photos, ce que les puristes ont en horreur, mais de raconter ce qu'elles évoquent. Une photo réussie est toujours particulièrement propice à récit.

Je m'essaye sur cette photo sobrement présentée avec quatre mots-clés : Chézieu, neige, Forez, complexe industriel.


Le canal

Si c’était à Montréal, ce serait le canal de Lachine avec la neige et des bâtiments industriels. Il serait plus large et plus profond comme lorsque les bateaux l’empruntait pour éviter les rapides. Chézieu est dans le Forez et le canal du Forez est un canal de drainage et d’irrigation, un canal de dérivation des eaux de la Loire qui naît de la Loire au barrage de Grangent pour se jeter dans le Lignon du Forez près de Boën-sur-Lignon et rejoindre la Loire. Un petit canal d’une quarantaine de kilomètres qui a nécessité plus d’un demi-siècle pour sa construction (1863-1914).


Mais laissons le canal et parlons du Forez. Qui se souvient que le Forez est le pays du roman de l’Astrée publié entre 1602 et 1627, le pays des amours d’Astrée de Celadon, le dernier film d’Eric Rohmer sorti en 2007 ? Le film est précédé de l'avertissement suivant qui a entraîné une plainte du conseil général de la Loire:« Malheureusement, nous n'avons pas pu situer cette histoire dans la région où l'avait placée l'auteur, la plaine du Forez étant maintenant défigurée par l'urbanisation, l'élargissement des routes, le rétrécissement des rivières, la plantation de résineux. Nous avons dû choisir ailleurs en France, comme cadre de cette histoire, des paysages ayant conservé l'essentiel de leur poésie sauvage et de leur charme bucolique. » Le Conseil général sera finalement débouté et Eric Rohmer ne sera pas poursuivi. Le film a été principalement tourné dans le val de Loire.


Le canal du Forez n’existait pas au temps de l’auteur de l’Astrée, Honoré d’Urfé, mais il parlait bien du charme du Lignon :« Auprès de l’ancienne ville de Lyon, du côté du soleil couchant, il y a un pays nommé Forez, qui en sa petitesse contient ce qu’il y a de plus rare au reste des Gaules… Plusieurs ruisseaux en divers lieux vont baignant la plaine de leurs claires ondes, mais l’un des plus beaux est Lignon, qui vagabond en son cours, aussi bien que douteux en sa source, va serpentant par cette plaine depuis les hautes montagnes de Cervières et de Chalmazel jusqu'à Feurs où Loire le recevant, et lui faisant perdre son nom propre, l’emporte pour tribut à l’Océan. »


Comme le Forez est mon pays (mon plus ancien ancêtre retrouvé Marcel Godard est mort de la peste à St Marcel d'urfé en 1637, il aurait pu lire l'Astrée s'il avait su lire et écrire), j’aurais pu montrer à Eric Rohmer qu’il reste en Forez de très beaux endroits, mais il ne m’a rien demandé.

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