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  • Photo du rédacteurDanièle Godard-Livet

Lissieu et les fêtes révolutionnaires


Fête de L'Etre suprême 20 prairial an 2

Le culte catholique a été malmené sous la révolution : prestation de serment, constitution civile du clergé puis son abrogation, interdiction du culte dans les églises de 1793 à 1794… jusqu’au concordat entre l’Église et l’État signé par Napoléon en 1802.


Les Lissilois, s'ils avaient acquis les biens du curé Truchard devenus biens nationaux, avaient aussi défendu leur église et leur curé. En mars 1792 la municipalité se plaint du vol d’objets de culte et tente de les récupérer ou de les remplacer et fait poser des barreaux à la maison curiale. Le curé Truchard collabore et prête serment. Serment sans doute trop personnel qui ne convient pas. Le curé Poncet le remplace, mais démissionne le 13 frimaire an 2 (3 décembre 1793).


Le curé Poncet n'est pas le seul à démissionner, c'est un mouvement un peu général en France chez les curés assermentés. Les révolutionnaires continuent pourtant la saisie des signes religieux (et font face à l'effort de guerre) ferment les églises au culte, mais s'inquiètent aussi d'une population qui n'a plus de fête pour la rassembler, ni de valeurs pour la contenir.


Le 3 nivôse an 2 (23 décembre 1793), Lissieu envoie au district une cloche*, six grands chandeliers, une grande croix à pied, une petite croix, une grande croix sans pied, un encensoir le tout en cuivre blanchi, deux barrières en fer, trois vases en fer, six petits chandeliers très petits en cuivre jaune, deux petites croix sans pied, une croix de fer, le tout conduit par les voitures des citoyens Jean Pinet et Pierre Murat


Lissieu va alors célébrer la Raison le 30 nivôse an 2 (17 janvier 1794) un peu en retard sur Paris qui l’a célébrée le 20 novembre 1793 dans Notre Dame de Paris rebaptisée Notre Dame de la raison

Ce jourd'huy trente nivôse decadi le conseil général de la commune assemblé dans le lieu de ses séances ordinaires, on est parti au son de la clarinette et du tambour pour célébrer la fête de la raison, on a fait le tour de l’arbre de la liberté en chantant des hymnes dédiés à elle ; de là on a été dans le temple de la raison, la lecture des décrets a été faite, delà on est sorti dans les mêmes […] on a planté l’arbre de la montagne et une fête la plus gaie a accompagné la plantation, le tout s’est terminé par un repas frugal et une danse champêtre au sein de la paix, de l’union et de la fraternité


Puis ce sera la fête de l’être suprême le 20 prairial an 2 (8 juin 1794 jour de Pentecôte, cette année — là)

Égalité, liberté, fraternité triomphe de la république ou la mort
Ce jourd'huy 20 prairial de l’an 2 de l’ère républicaine
Nous maire et officiers municipaux assemblés dans le lieu de nos séances ordinaires, après la lecture de divers arrêtés et du discours du représentant Robespierre, nous nous sommes transportés dans le temple de l’être suprême où étaient tous nos citoyens et citoyennes pour célébrer la fête de l'Être suprême ainsi décrétée
Un membre citoyen y a prononcé un discours tendant à adorer l’être suprême et que le vrai culte est la Raison, au sortir du temple de l’être suprême, une fête champêtre, un repas civique a terminé cette journée et il a été arrêté qu’extrait du présent procès-verbal serait envoyé à l’administration par le citoyen maire et le citoyen greffier avec une pétition pour avoir du blé, réponse à diverses lettres de l’agent national et le recensement des cochons dont 5 sont dans la commune, 3 chez le citoyen Jean Guyet, un chez Jean Voisin et le 5e chez Philibert Ferlat

[ c’est moi qui souligne, car je sens un peu d'agacement dans les écrits des édiles lissilois qui commencent à ne plus supporter les recensements constants parfois suivis de réquisitions, alors même qu'ils suivent scrupuleusement les arrêtés des autorités]


Robespierre sera éxécuté 50 jours après cette fête célébrée en grande pompe à Paris par un défilé des Tuileries au champ de Mars, fête qui fut à la fois son triomphe et le début de sa chute. Le culte de l’être suprême sera oublié.


* c'était sans doute la cloche dénommée Benoite offerte à l'église de Lissieu en 1730 par Benoit Gesse épouse d'Antoine Tolozan, seigneur de Montfort, qui en fut marraine et Octavien de Cantarelle seigneur de dommartin et Maltaverne le parrain.

* toutes les citations sont tirées des registres des délibérations municipales de Lissieu

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