• Danièle Godard-Livet

Non localisé dans l'atlas des régions naturelles ?


photo Eric Tabuchi et Nelly Monnier (Arn)

Le viaduc de Ventabren, je l’ai tout de suite reconnu, même si je ne l’ai jamais vu en vrai, même si l’atlas des régions naturelles le qualifie de non-localisé. Les mots-clés m’ont suffi : marseillais, béton, plaine, rail , pont et chaussée. Il fait près de 2 km, enjambe l’A8 et ses piles sont très différentes de celles du viaduc de Vernègues, un peu plus au nord sur la même ligne à grande vitesse.

Je l’ai tout de suite reconnu pour avoir fait de nombreuses recherches sur Google Maps pour un roman (non écrit). Martigues, Port-de-Bouc, l’étang de Berre, je les ai parcourus de long en large via internet et reconnus dans leurs paysages saccagés. J’avais trois points d’appui dans la réalité : Ventabren où mon amie photographe Véronique Esterni réalisait une série sur l’étang de Berre, Port-Saint-Louis du Rhône où j’ai suivi Claudine Doury dans les bras du delta et les plages de Camargue (Piémanson et Beauduc) que je connais bien ; tout le reste m’est venu de ballades sur le Net.

J’y ai découvert, en particulier, à Martigues Félix Ziem (1821-1911), premier peintre entré de son vivant au Louvre qui fut adulé au 19e siècle. Grand voyageur de 1850 à 1880, il parcourut l’Europe de l’Angleterre aux Pays-Bas en passant par l’Orient (Constantinople, Beyrouth, l’Égypte,l’Algérie), mais surtout Venise où il séjournait au moins deux fois par an et qui fut l’inspiration principale de ses tableaux. Malgré tous ces voyages, Félix Ziem fit construire des mosquées factices sur les bords du canal de Caronte dans le jardin de son atelier de Martigues, pour peindre sur le motif, retrouver l’atmosphère des contrées lointaines et imaginer les scènes orientalistes de ses peintures dont sa clientèle était si friande.

J’aime ce mélange de vrais voyages, de reconnaissances grâce à des photo et de recherches sur Google Maps (pour qui n’a pas les moyens de se faire construire une mosquée factice). Quand nous regardons le monde, n’est-ce pas toujours ce qui se passe ? Des souvenirs se superposent à notre vision du réel ; parfois, il nous faut longtemps chercher pour retrouver l’image que nous avons en tête ; parfois, au contraire, deux lieux parfaitement éloignés nous rappellent la même émotion. C’est ce que j’appelle mes paysages mentaux que j’ai essayés de traduire dans des montages mêlant photos prises à Sète et images Google de Beyrouth .



montages DGL

Cet adolescent sur la plage de Sète n'est-il pas le double des soldats de Tsahal envahissant Beyrouth dans Valse avec Bachir et ce petit garçon jouant sur un épi rocheux de la plage de Sète ne serait-il pas le même sur les rochers de la Corniche de Beyrouth ?

Le viaduc de Ventabren, de toute façon, nous emmène bien au-delà de Marseille.

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