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  • Photo du rédacteurDanièle Godard-Livet

Quand Jean Renard, maître maçon venu de la Creuse, construisait l’école de Lissieu



En 1825 les soeurs de Saint-Joseph ont demandé l’autorisation de s’installer à Lissieu avec vocation de faire école aux filles. On leur a construit une maison mitoyenne du presbytère. Je dis « on », car je ne sais qui : Louise Guyot qui vient d’épouser Camille Théodore Durozier à Lissieu en 1824 ; sans doute, car elle sera considérée comme propriété de Camille Théodore dix ans plus tard, légataire universel de sa femme.


Le grand projet de la mairie sera la construction, projetée dès octobre 1832, d’un établissement qui servirait de salle d’école, de logement pour l’instituteur, de mairie et si besoin de corps de garde. L’emplacement est trouvé sur un terrain communal faisant fonction de place publique à l’embranchement des trois chemins près de la propriété Thibaut, le plan et le devis estimatif sont réalisés, ne manque plus que le secours attendu du département pour cette dépense de 3400 F qui excède les ressources de la commune. On espère une construction pendant l’hiver.


Le projet est confié à Jean Renard, maître maçon habitant les Chères et originaire de St Séverin dans la Creuse. Il a 46 ans et vient de perdre sa première femme, une fille Gourd des Chères dont il a cinq enfants. Il se remarie en 1833 avec Benoite Ferlat du Bois Bieu.


En juin 1833, le secours de l’état sera de 1200 F, mais le devis est passé à 4000 F ; on avait pensé dans un premier temps que les habitants réaliseraient le transport des matériaux, mais cela s’avère incompatible avec les travaux de l’agriculture et les échéances propres au constructeur. On espère une réalisation pour la rentrée. On délibère dans la foulée sur le salaire fixe de l’instituteur (200F), le tarif mensuel que devront acquitter les parents pour leurs enfants du 1er degré (apprendre à lire) ou du second degré (apprendre à écrire et chiffrer) et la liste des indigents dispensés d’acquitter ce tarif. Délibération qui reviendra chaque année jusqu’en 1889 lorsque les instituteurs deviendront fonctionnaires d’état.


En décembre 1833, dans l’obligation légale de loger l’instituteur, la commune contracte un bail chez M. Gouin propriétaire de la préférence avec dédite possible au bout d’un an, car il y a un projet de construction en cours.


Une construction mouvementée*


En mars 1834, André Thibaut demande à appuyer la construction qu’il envisage sur le bâtiment qu’on va construire, il participera aux frais étant mitoyen.

En mai 1834, il apparaît que le bâtiment en construction est trop en contrebas par rapport aux chemins et qu’il conviendrait de rattraper un demi-mêtre ; l’entrepreneur propose de rectifier la différence sur tout le pourtour du bâtiment, de faire un remblai intérieur pour se porter au niveau du terrain et même de faire un escalier pour 92F. La dépense peut être couverte par ce que doit André Thibaut qui paiera la moitié du mur nord à titre de mitoyenneté ; sur quoi on passe convention avec l’entrepreneur Renard sans rien changer aux conditions de l’adjudication (sauf à envisager une diminution du prix global s’il est prouvé que l’entrepreneur aurait dû faire des fondations plus profondes). On nomme deux conseillers municipaux chargés de discuter avec l’architecte et de surveiller les travaux : Pierre Murat et Jean Claude Duchamp.

C’est alors qu’on prend aussi en compte les nombreuses réclamations qui dénoncent l’utilisation par l’entrepreneur de sable terreux et de trop peu de chaux ce qui donne un mortier qui tombe en poussière et ne peut conduire à un bâtiment solide. Il faut nommer des experts et détruire ce qui s’avèrerait mal construit.

En juillet 1834, on change certains détails des aménagements intérieurs et extérieurs : un plancher à la française et du carrelage plus joli et plus solide que celui prévu dans le plan, une couverture en belle tuile grise de Verdun et non une couverture bituminée comme il était prévu et que personne ne saurait réparer, tout autour du toit une corniche en bois et des chenaux sur trois côtés en fer blanc neuf, la corniche, chenau et descente seront revêtus avec trois couches d’huile et du blanc de céruse, un deuxième étage de huit pieds, une hauteur globale augmentée pour ménager un grenier et être à la même hauteur que le bâtiment Thibaut, la façade sera en pierre piquée « leur enchante des angles de face monteront jusqu’au toit ». Tout cela sans augmentation de prix, mais avec un délai supplémentaire porté au 15 septembre au lieu du 15 aout.

En mai 1835, on délibère sur les dépenses nécessaires pour meubler la maison d’école et le logement de l’instituteur et la commune demande une subvention de 471 F au département.


Les premiers instituteurs


Quand les petits garçons lissilois ont-ils vraiment commencé à aller à l’école de Lissieu les délibérations du conseil municipal ne le disent pas. En revanche on sait qu’en octobre 1836, Jean-François Savy instituteur donne sa démission, Victor Joseph Pouzollat présente sa candidature avec ses diplômes et les recommandations des maires d’Albigny et Saint-Germain au Mont d’or. En novembre 1837, le conseil municipal considère que Victor Joseph Pouzollat n’exerce sa fonction qu’avec indifférence et inexactitude, plusieurs parents se sont plaints que leurs enfants ne font aucun progrès et sont de plus cruellement maltraités, au point qu’ils préfèrent les envoyer à l’école ailleurs ; Victor Joseph Pouzollat en outre a refusé de passer le certificat supplémentaire condition mise à son recrutement définitif et que de plus il n’habite pas le logement qui lui est destiné, mais chez sa femme à Chazay, le conseil municipal décide de mettre fin à ses fonctions et examine la candidature de Jean Viglione proposée par le comité local d’instruction publique.


Des familles qui ont marqué Lissieu


Quant à Jean Renard, il continuera sa vie aux Chères et de maître maçon deviendra aubergiste sur la fin de sa vie avec son épouse Benoite Ferlat de 20 ans sa cadette. Il meurt aux Chères à 91 ans en 1877. Le fils ainé de son deuxième mariage, Jean né en 1838, maître maçon lui aussi s’installera à Lissieu. Ses enfants Marie Madeleine et Gabriel épouseront un fils Bail et une fille Vernay. C’est toute la famille de ce Jean Renard installé à Lissieu qui repose dans le cimetière de Lissieu (famille Renard Cugno) dans un monument en béton (comme il convient à un maître maçon).

Il n'y avait pas d'autre entrepreneur en maçonnerie que les Renard avant que s'installent à Lissieu Claude Limandas au debut du 20eme siècle. Beaucoup de constructions lissiloises du 19e et première moitié du 20e leur sontsans doute dûes.


Un des fils d'André Thibaud qui avait accolé sa construction à l'école sera maire de Lissieu de 1859 à 1870, au 20eme siècle son arrière-petit fils le sera aussi ; il sera à l'origine de l'installation de l'eau courante à Lissieu et démissionnera en 1940.Le bâtiment construit par André Thibaud mitoyen de l’école de garçons abritera un café-restaurant et une boulangerie (Thibaud-Velay) pendant le 19e et une partie deu 20eme siècle. L’école de garçons, après la construction de la mairie-école en 1905, servira à loger le garde champêtre et le bureau téléphonique, avant d’être vendu à des particuliers.


* les plans et devis, cahier des charges et mandats de la construction de cette école faisait encore partie des archives de la mairie dans les années 1990.


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