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Et si on pensait aux jeunes dans nos voeux de nouvel an

  • Photo du rédacteur: Danièle Godard-Livet
    Danièle Godard-Livet
  • il y a 3 heures
  • 3 min de lecture
la planète de Tim
la planète de Tim

Ça a débuté comme ça. Une histoire de vœux. On était en début d’année, il fallait des vœux. Quelque chose d’un peu personnel parce la santé avant tout, c’est un peu lassant. Encore que la santé quand on y pense c’est la base. On en parle sans y penser, mais quand la maladie frappe tout change et parfois pour toujours. Passons. Des histoires terribles, d’AVC, de crise cardiaque, d’irrémédiable, avec l’âge on commence à en avoir une vraie bibliothèque personnelle. Alors, c’est plutôt fin de l’histoire. La fin de l’histoire, ce n’est pas vraiment ce qu’on veut quand on veut raconter des histoires. Il y avait bien sûr le bruit du monde sur lequel on ne peut pas grand-chose, vœux ou pas, mais dont on peut souhaiter que ça s’arrange, que ça s’éclaire. Il y avait aussi pour ceux qui ont des convictions profondes, des valeurs, une militance quelconque (j’ai la prétention d’en être), l’occasion de la réaffirmation du combat ; l’occasion d’une réassurance de soi et prosélytisme discret. J’avais pensé à "Savoure la magie de l’instant présent, lâche prise sur ce que tu ne peux pas changer, deviens ce que tu es, égalité et respect pour les femmes, protégeons les enfants, n’oublie pas de t’inscrire sur les listes électorales pour les municipales, sauvons le droit international et la démocratie, la planète brule, paix à Gaza et en Ukraine, Mort aux tyrans, faisons payer les riches, non à l’annexion du Groenland".

Mais il ne faut pas confondre vœux et pétition. C’est comme ça que j’allais finir par écrire « tous mes vœux de bonheur et la santé avant tout ».


Ç’aurait pu se passer comme ça, mais ça ne s’est pas passé comme ça quand j’ai rencontré Tim, le tout petit Tim qui est en quatrième et qu’on croirait en sixième. Il était tout seul, alors je n’ai pas fait cours, on a parlé en attendant que sa maman revienne le chercher. D’habitude, je ne parle pas aux élèves : ils arrivent au dernier moment et partent très vite après le cours. Je lui ai posé la question que posent les adultes aux enfants : et à l’école, ça va ? J’oublie toujours de dire au collège ou au lycée, je suis de la très vieille école. Il m’a répondu qu’il n’était pas très bon surtout en math (ça va encore), en français, en espagnol. Puis il m’a parlé du rituel et de la roue, de son mal au ventre, des cris de la professeure et des "eval" en français presque à chaque cours. Je lui ai demandé de m’expliquer un peu la roue et le rituel qui me renvoyaient à des visions de tortures moyennageuses. La roue, c’est le dispositif mis au point par l’enseignante pour désigner celui-celle qui sera interrogé. e ; elle tourne et ça fait mal au ventre. Le rituel, si j’ai bien compris, ce sont des phrases inscrites au tableau qu’il faut lire en espagnol à un camarade (chosi par la roue ?) qui doit y répondre en espagnol. Il m’a dit aussi les bagares à propos de tout et de rien dans la cour et les couloirs, au vu et au su de tout le monde avec même ceux qui se mettent autour et crient des encouragements. Et puis il y a son père qui l’engueule souvent.

Heureusement il a son terrarium où il fait pousser une plante tropicale. Il m’a expliqué qu’il apprend sur youtube et que c’est en équilibre comme notre planète, qu’il a recréé une mini planète auto-suffisante. L’an prochain il ira en lycée professionnel horticole. Il le dit comme s’il en espérait un accès au paradis.

Je n’étais pas vraiment triste en l’écoutant, maintenant si. Je vois ce tout petit adulte tout seul face à la violence du monde, l’angoisse, le contrôle, l’incertitude. Alors j’ai fait un seul vœu que personne ne comprend :


« Longue vie à la mini planète de Tim »


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