• Danièle Godard-Livet

Paludiers de Guérande


Je ne connaissais pas Guérande avant d' entendre la chanson de Kirjuel "Paludiers de Guérande" en 1974. Je ne suis allée à Guérande que vingt ans plus tard et mon vinyle de Kirjuhel* a été donné. La chanson datait de la lutte contre la création, à la place des marais salants, d'une vaste marina (immeubles avec « pieds dans l'eau », pontons, bassin nautique à flot) ainsi que la construction d'une route à deux fois deux voies entre La Baule et Le Croisic. (partiellement réalisée aujourd'hui entre Guérande et Saint-Nazaire sous la dénomination de RD 213).

J'aime les marais salants, tous les marais salants du monde, industriels ou artisanaux, leur géométrie, leur végétation, leurs couleurs changeantes, leur silence. Mais j'ai été fascinée par le travail des paludiers et acheter du sel de Guérande est un luxe si bon marché que cela me réjouit à chaque fois...en souvenir peut-être de mes ancêtres qui se livraient à la contrebande de sel au temps de la gabelle, un des impôts honnis de l'ancien régime supprimé à la révolution.Les montagnes entre les Salles et Arconsat étaient juste à la limite entre pays de grande gabelle(Bourbonnais), pays redimé (Auvergne),et pays de petite gabelle (Lyonnais-Forez). Les archives familiales gardent trace d'un procès verbal de perquisition daté de 1742 et de découverte de sel de contrebande.(Histoire de mes ancêtres p.25)


"Tous les marais salants du monde se ressemblent. C’est justement ce qui lui plaît dans certaines des images qu’elle a faites : elles évoquent quelque chose de primitif et d’universel. Depuis quand les hommes puisent-ils le sel dans la mer ? Depuis toujours sans doute, avec la même technique rudimentaire d’évaporation de l’eau au soleil. Des Bahamas (elle a admiré une exposition de photos des salins de l’île d’Inagua) à Guérande, d’Aigues-Mortes à Berre-L’Étang, elle aime les salines. Cette technique immémoriale donne de la profondeur aux images, il s’en dégage un sentiment de continuité et d’appartenance. Le graphisme des lieux la touche. Surfaces planes, découpage géométrique, nuanciers délicats de bleu, de vert et de brun, de rose, collines ou montagnes blanches, couleurs vives des hommes et des machines et ciels infinis. Certaines ressemblent à des aquarelles délicates quand d’autres, plus dures rappellent la rudesse du monde industriel. Bien d’autres choses encore, la maigreur de la végétation et la minéralité du paysage, l’interdit de s’y aventurer et l’espace démesuré. Il faudrait qu’elle parvienne à faire passer tout cela dans ses images. Les reflets du ciel dans l’eau, l’absence d’animaux et le silence. La pureté du sel qui donne goût à tout. Le sel de la terre vient de la mer....

Il y a aussi de la désolation, de l’abandon et une incommensurable tristesse dans les marais salants ; de cela aussi, elle a besoin de parler." DGL roman inachevé


Les marais salants, c'est aussi le souvenir de dernières vacances que je ne raconterai pas ici, ou les photos (trop ?) esthétisantes de Tom Hegen


photo CGS


* Contrairement à ce que peuvent penser certains, Kirjuhel ne s'est pas évanoui avec la fin des luttes et le folk breton, il a continué en poésie et en musique. Voir ici et entendre

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