Pierre dorée et bleu Guimet
- Danièle Godard-Livet

- il y a 2 jours
- 3 min de lecture

Des amis habitent à la limite de Rochetaillée-sur-Saône et de Fleurieu-sur-Saône. De chez eux on voit le mont Thou, le front de taille de la carrière de pierre dorée de Couzon-au-Mont d’or, la Saône, l'écluse et le barrage de Couzon et la voie métrique désaffectée du train bleu du val de Saône qu’on peut suivre jusqu’à l’ancien site de l’usine Guimet.
Un panorama très enviable qui raconte un bout de l’histoire militaire et industrielle lyonnaise, un petit paradis en bordure de forêt à l’abri des mouvements du monde au point que la rue desservant les propriétés est en impasse et que la google car n’y passe plus depuis 2006. Une occasion de faire un tour dans l’histoire des monts d'or et du val de Saône qui les borde à l'est..
Les carrières de pierres dorées de Couzon exploitées dès le XVIe siècle ont participé à la construction de Lyon. Au XIXe siècle, l’extraction des pierres mobilisa jusqu’à plusieurs centaines de carriers, tandis que les matériaux étaient transportés par voie fluviale jusqu’à Lyon. La concurrence du chemin de fer et des matériaux de meilleure qualité venant des carrières du Dauphiné amena pourtant au tournant du siècle, le rapide déclin de cette industrie à Couzon, au point qu’elle s’éteignit complètement lors de la Grande Guerre. Le projet de reprise en cimenterie entre 1926 et 1930 fit long feu, mais les bâtiments existent toujours chemin des carrières avec un projet culturel en cours à la limite d'Albigny et de Couzon.

L’usine Guimet construite en 1831 par l’inventeur du bleu outremer artificiel* Jean-Baptiste Guimet, auquel succèdera son fils Émile qui sera aussi le fondateur du musée Guimet. L’usine fermera en 1963 victime de la décolonisation et de l’abandon des textiles nécessitant l’azurage aux dires de l’arrière-petit-fils Hubert Guimet qui fut maire de Fleurieu jusqu’en 2020. Les restes, devenus éléments de bâti patrimoniaux à préserver, sont visibles le long de l'allée Guimet qui descend jusqu'à la Saône.

La batterie du mont Thou fait partie de la deuxième ceinture de défense de Lyon construite après la guerre de 1870. Construite à proximité de la base du Mont Verdun, elle fait partie de la base aérienne 942 et elle est interdite d’accès.
Le barrage de Rochetaillée-Couzon fait partie des nombreux ouvrages construits pour l’aménagement du cours de la Saône. Ce barrage a été reconstruit en 1970 en amont de l’ancien barrage datant de1877 et équipé d’une usine hydro-électrique en 1983.
Le train bleu (du bleu Guimet ? l'usine possédait une halte ferroviaire et un embarcadère sur la Saône) qui emmenait les Lyonnais aux propriétés bourgeoises, aux guinguettes du bord de Saône, à la baignade et à la cueillette des cerises. Il circula de 1889 à 1957. L’histoire est complexe et ceux qui veulent en savoir plus doivent lire l'article de Wikipédia
Il y a dix ans encore les coteaux qui descendent du plateau étaient couverts de jardins et de modestes maisons auxquelles on accédait par des escaliers après avoir laissé la voiture en bas (dans un garage ou au bord de l’impasse). Il y a plus longtemps encore (cadastre napoléonien 1828) les vignes et les terres labourables occupaient les parcelles.

Aujourd’hui les choses changent après plus de cinquante ans de quiétude dans la verdure :

- Les permis de construire accordés par la municipalité de Rochetaillée-sur-Saône permettent d’implanter dans la pente de solides constructions de béton, des rampes d’accès pour les voitures et des piscines. Même là où la forêt avait gagné avec la déprise agricole depuis les années 50.
- On attend le bus à haut niveau de service (BHNS) Lyon-Trévoux qui devrait fonctionner en 2029 et passera tout près
- La mairie envisage le plateau comme un futur pôle d’urbanisation sur les dernières terres agricoles de la commune (qui il est vrai est la plus petite de la métropole et ne compte que 1500 habitants)

Bientôt une promenade guidée sur tous ces lieux patrimoniaux ?
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*le bleu Guimet, outremer artificiel qui a remplacé au 19e siècle la poudre de lapis lazuli, est à la base des bleus klein ou majorelle. Il existe de nombreux autres pigments bleus naturels ou artificiels



Comme toujours bien documenté et intéressant.🙂